Remerciements !

Un grand MERCI à toutes les personnes qui ont participé à notre 2e Biennale art nOmad – Décoloniser les corps qui fut une très belle édition aux riches et intenses échanges avec les publics que ce soit à Bourges, Aubervilliers, Calais, Bruxelles et Berlin ! Merci à Pascal Lièvre, commissaire invité, pour son engagement, aux artistes dont les œuvres ont marqué les esprits, aux deux auteures en résidence, à chaque membre de cette équipe en or ayant pris la route dont cinq étudiant.e.s de l’école d’art de Limoges et à toutes les personnes qui nous ont suivi.e.s de près ou de loin. Merci également aux structures qui nous ont accueilli.e.s tout au long de ce périple en France, en Belgique et en Allemagne ainsi qu’à nos partenaires financiers et techniques.

La première phase de cette performance s’achève mais les actions de restitution sur le territoire natal d’art nOmad comprenant notamment une édition papier et un film documentaire s’annoncent prometteuses tant la matière accumulée au cours de cette aventure artistique et humaine est variée et de grande qualité !

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Chronique d’un carnet de voyage #15

Pélagie Gbaguidi

Pélagie Gbaguidi : Détox, désaliénation du corps objet, 2018. Cahier scolaire A5, 16 x 21 cm, 80 pages.

 

La Louvière > Paris > Limoges > Arnac-la-poste

19.10.2018

L’artiste Pélagie Gbaguidi travaille l’écriture parmi d’autres pratiques. Ses carnets l’accompagnent au gré de projets, d’impressions, de rencontres. Dans ses expositions, les écritures-esquisses épousent des surfaces disparates, tantôt des tables d’écoliers, tantôt des tissus ou des papiers suspendus…

L’écriture se décoloniserait-elle aussi, selon le contexte et l’espace-temps dans lequel elle se déploie ?

Aujourd’hui, nous poursuivons notre chemin pour rejoindre Paris, Limoges ou Bordeaux. À La Louvière, hier soir en Belgique, nous avons savouré un couscous puis arpenté en chantant les rues vides du centre ville. Dans l’une de nos chambres, quelques dissidents partagent un dernier moment autour d’un film. Le lit remplace les sièges de cinéma. L’un-e dépose un plateau avec quelques bières, l’autre allume l’ordinateur et éteint la lumière. Silence.

Antoine Lainé est en cinquième année à l’école des Beaux-arts de Limoges. Il nous présente son travail de mémoire, qui prend la forme d’un film d’une trentaine de minutes. Le collage vidéo est composé d’images d’archives puisées dans l’Histoire cinématographique et de plusieurs séquences filmées dans la rue, dans les couloirs d’un cinéma, dans un salon ou un bureau d’étudiant. Le personnage nous parle de l’influence du contexte de visionnage sur la réception d’un film. Quelques heures plus tard, à l’arrière de la voiture, Antoine montrera son film à un autre spectateur. Il expérimente lui même des contextes bien différents. Une mise en abyme de son propos s’opère.

Tout au long de la semaine, ces instants ont nourri mon écriture. Je dépliais, jour après jour, des paroles plurielles : celles des œuvres de l’exposition Décoloniser les corps, celles des villes ou des quartiers qui nous accueillaient. Dans le même mouvement, j’écoutais les voix multiples des personnes qui gravitaient autour du camion d’art nOmad : des étudiants, des visiteurs, un commissaire d’exposition…

Les œuvres sont des matières vivantes, des pensées en action que j’ai tenté de relier à notre itinérance permanente. Le contexte et le contenu s’entremêlaient et traversaient un protocole d’écriture nomade et collective, forgé par des stratégies pour écrire sur un marché, dans la voiture, sur une aire d’autoroute, au restaurant ou depuis le trottoir. L’adrénaline accompagnait le carnet de route. On décolonise les corps, les écritures aussi.

En attendant, le petit cahier scolaire de Pélagie Gbaguidi repose dans la vitrine. Depuis une semaine, il est délicatement sorti de son étui et ouvert à une page, sélectionnée selon l’humeur de celui ou celle d’entre nous qui le détient entre ses mains. L’artiste réalise ce cahier après avoir consulté des archives sur l’apartheid en Afrique du Sud. Sur la couverture, on peut lire Détox. Désaliénation du corps objet. Comment repenser l’Histoire à la lumière d’autres pratiques orales, écrites ou dessinées ?

Des personnages griffonnés dansent sur le papier et glissent sur les lignes de la grille scolaire. Les pages s’animent, les visages sont parfois rougis grossièrement au crayon de couleurs. En déroulant ces impressions furtives, l’artiste devient messagère, elle transmet des histoires et s’inscrit dans l’héritage des griots *. Une fois encore, une œuvre de l’exposition tisse le fil de l’enfance, ce temps fugace et parfois privilégié. À l’école, les petits carnets colorés accompagnent nos semaines et les matières qui nous sont enseignées. Nous répétons, nous écrivons, nous effaçons, nous recopions. Les normes qui nous envahissent peu à peu pourraient alors se construire autrement.

Une dernière fois, les œuvres sont sorties du ventre du camion. Aujourd’hui, elles ne seront pas déballées puis exposées ensemble. Elles repartiront pour d’autres aventures, d’autres expositions et raconteront d’autres histoires, à d’autres personnes.

 


* Tantôt poète ou musicien, le griot ou la griotte est une personne dépositaire de la tradition orale en Afrique occidentale.

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Chronique d’un corps en voyage #14

Nicole Tran Ba Vang

Nicole Tran Ba Vang : « J’étais encore incapable de voir les êtres de cette planète comme ils se voient eux-mêmes. Je m’y efforçais, mais sans réussir à autre chose qu’à voir en chaque habitant d’abord un homme, ensuite une femme, également gêné de le ranger artificiellement dans l’une ou l’autre de ces catégories, si étrangères à sa nature et si essentielles à la mienne ». 
Ursula K. Le Guin, La main gauche de la nuit, 2018. 
Collodion humide, photographie sur verre, 20,5 x 25,5 cm. Pièce unique.

Berlin > La Louvière

18.10.2018

Une petite image est posée dans la vitrine, entre le mot  » indocilité  » écrit en fils de cuivre par l’artiste Myriam Mihindou et un portrait d’Edi Dubien, peint sur un os trouvé dans la nature près de chez lui.

La photographie sur verre repose sur son socle rouge. Elle dévoile une figure étrange, méconnaissable. Une silhouette nous tourne le dos. Est-ce une femme, un homme, un animal, un personnage imaginaire ? Quelles sont ces excroissances qui parsèment son corps, laissant apparaître des grosseurs sous le vêtement, le long du dos, du bassin et des fesses ?

Le procédé photographique nous interroge sur la temporalité de l’œuvre de Nicole Tran Ba Vang. Cette image pourrait avoir été captée n’importe où et n’importe quand. Qui se cache derrière cette peau métamorphosée ? Quel est ce corps qu’on ne saurait reconnaître ? Pourquoi nous inspire t-il un léger malaise ?

Ce soir, nous sommes déjà sur le chemin du retour. Nous arrivons à La Louvière, en Belgique. On raconte que le territoire actuel de la ville était une parcelle de l’ancienne forêt charbonnière, constituée de bois sombres et d’une nature sauvage, endroit de prédilection pour les loups.

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Chronik einer Konferenz auf einer Reise #13

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Berlin bis

17.10.2018

Nous arrivons au centre d’art Kurt Kurt à Moabit. Une grande vitrine brille dans la pénombre de la rue déserte. De nombreux projets sont ici tournés vers l’extérieur. Le quartier de Moabit est une île artificielle entourée par plusieurs cours d’eau parfois navigables. Il est relié aux quartiers voisins par vingt-cinq passerelles et ponts. Après la chute du mur, le positionnement géographique de Moabit change : d’une zone frontalière de Berlin-Ouest, Moabit devient une zone centrale dans la ville réunifiée.

Quel rapport entretenir à l’espace public dans une ville tant marquée par l’Histoire ? Quelle(s) représentation(s) existent aujourd’hui pour les personnes trans dans l’espace public, médiatique ou artistique ?

Dans le camion, près des jeunes filles de Françoise Pétrovitch, un grand portrait rouge tourne son regard vers l’extérieur. La peinture rend hommage à la figure d’Octavia Saint Laurent, icône trans, héroïne du film Paris is Burning sorti en 1990. Octavia était une femme noire transgenre.

L’artiste Pauline N’Gouala peint souvent des personnages liés à la construction de sa propre identité. Elle perçoit ces portraits comme des œuvres militantes. Certains portent leurs œuvres comme des étendards, la frontière entre pratique militante et pratique artistique est alors parfois ténue. Ce soir, à Moabit, un autre artiste activiste, Kay Garnellen, est invité à présenter une conférence. L’événement vient clore la Biennale art nOmad.

À Berlin, Kay a fait de l’espace public son terreau artistique depuis plusieurs années. Originaire de Toulouse, il achève sa transition il y a 10 ans. Dans la salle du fond du Kurt Kurt, celle qui est habituellement réservée à l’accueil des artistes en résidence, il nous montre des images datant de 2009, avant la chirurgie. Il nous raconte quelques actions menées dans la rue, à l’occasion d’événements comme la gay pride. Puis, il devient travailleur du sexe :   » les gens ne savent pas qu’on peut choisir ce métier, il y a beaucoup d’a priori. « . Dans une vie antérieure, il était une fille dans le monde de la finance. D’autres préjugés hantaient sans doute ses journées.

Après la transition, son corps change très rapidement, il débute un projet avec un ami photographe pour préserver la mémoire de cette évolution.  » J’avais besoin de photos pour comprendre comment on me percevait de l’extérieur « . Un jour, lors d’un examen de ses ovaires, on lui demande si sa sexualité est toujours celle d’une fille.

Kay regarde du porno depuis toujours. Pendant des années, on ne voyait jamais d’hommes trans dans le porno, mis à part dans des réseaux de diffusion plus underground. Après avoir été acteur, il s’adonne peu à peu à la réalisation. Pour lui, il y a de nombreuses manières de faire de l’activisme. L’art est l’une d’entre elles :  » L’art peut être un endroit pour les gens qui n’ont pas d’espace pour dire des choses. Il est fondamental d’organiser des espaces pour permettre aux gens de s’exprimer sur leur situation, pour écouter ceux dont on a jamais entendu la voix. L’art est une possibilité pour atteindre ça. « .

La réalisation de films pornos devient un outil pour montrer et pour voir plus de diversité, à travers la représentation de différents corps. Kay adopte aussi cette stratégie quand on l’invite à participer à des projets plus institutionnels. Il saisit ces occasions pour parler de son corps et de sa propre transition, comme à la Berlinale, le festival du film de Berlin. Des milliers de personnes découvrent le corps d’un homme trans pour la première fois.

Kay apprend aux côtés de réalisateurs, en écoutant et en regardant. Pour lui, le porno c’est comme n’importe quel autre genre en cinéma. La réalisation de films pornos peut relever d’une intention artistique, activiste, commerciale ou tout autre chose…  » Vous ne savez jamais quelle peut être la réaction. J’aime mon corps comme il est et je ne veux pas le changer. J’ai envie de parler de ça pour que les gens se sentent plus à l’aise avec d’autres utopies sexuelles. « 

 

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Chronik einer Studentin auf einer Reise #12

Françoise Petrovitch

Francoise Petrovitch : Les oublis. Sérigraphie 3 couleurs recto-verso sur papier Japon. 31,5 x 46,5 cm. 
Photo : A. Mole. Courtesy Prints, things and books.

 

Berlin

17.10.2018

L’image nous propulse entre deux mondes, quelque part entre une réalité présente et un souvenir aux contours flous. Au fil des jours, Béatrice s’est attachée aux traits de Françoise Pétrovitch. Avant de le disposer, elle prend le temps de regarder le recto puis le verso du papier Japon. Par le prisme d’une lumière et d’un contexte chaque jour différents, elle observe les formes qui se détachent de la surface. Aujourd’hui, le camion se pose dans le quartier berlinois de Tiergarten.

Béatrice Delaunay est franco-allemande. Étudiante en design en quatrième année à l’Ecole des Beaux-arts de Limoges, son travail aborde la notion de hasard et son impact sur le numérique. Elle perçoit une dimension poétique dans l’écriture automatique de nos téléphones. Toujours plus contraints dans le choix de nos mots,  Béatrice s’interroge sur nos capacités futures à pouvoir encore écrire. À l’instar de nos outils de communication, nos phrases pourraient bientôt devenir essentiellement informatives.

Les sérigraphies de Françoise Pétrovitch renvoient l’étudiante à son adolescence. Pour elle, l’artiste aborde la recherche d’identité caractéristique de cette période de la vie. Le personnage central est calfeutré entre deux mondes : on ne sait si les mains sont oppressantes ou protectrices.

Le dessin murmure un air mélancolique et poétique. Béatrice aime l’énigme de la mélancolie, un état parfois nécessaire, qui est « à traverser » . Quand elle découvre Les oublis lors du lancement de l’exposition Décoloniser les corps, plusieurs interrogations la submergent. Après avoir déballé l’œuvre une première fois, la représentation des deux mains l’habite durablement. Elles incarnent l’intimité et l’idée du secret, le personnage dissimulant ses expressions derrière les mains qui recouvrent son visage.

Les couleurs sont délavées, presque troubles *. Elles ne sont pas prépondérantes mais transforment pourtant l’image. Pour Béatrice, « il y a un truc un peu effacé dans ces couleurs, c’est comme un flash back sur des souvenirs ». Une violence étouffée et douce transparaît. 

Deux feuilles superposées sont ici traduites en sérigraphie avec trois couches de couleur, révélant une virtuosité dans la fabrication de l’objet. En attente sur la page blanche vide, le corps perdu est suspendu dans un autre temps. « Les informations les plus importantes se situent au cœur du papier. Si l’espace était saturé, on aurait pas le même rendu, on ne pourrait pas fixer notre regard ». Le motif flottant et les couleurs sous-tendent un cauchemar, même si la main rouge incarne une présence rassurante. Béatrice pratique elle-même la superposition de motifs, « c’est une manière d’ouvrir des portes vers un autre univers ». Dans un travail réalisé en vidéo, l’étudiante associe des mouvements d’oiseaux à des sons mécaniques. Ici, on ignore où les mains se situent par rapport au personnage. Est-il dirigé comme une marionnette ? « Quand on est adolescent on est un peu dans la même dramaturgie intérieure, on a peur de cette nouvelle indépendance ».

——

* Dans Trouble dans le genre, ouvrage majeur publié en 1990 aux États-Unis, la philosophe Judith Butler invite à penser le trouble qui perturbe le genre pour définir une politique féministe sans le fondement d’une identité stable.

 

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JOUR 7 : Sur la fin

La Louvière -> Limoges

Grand retour, dernier petit déjeuner à l’hôteL. Malgré nos yeux bouffis, pouffant de rire comme si nous étions le plus grands bandits du siècle, on remplit une dernière fois nos sweat-shirts et manteaux de mini nutella. Notre butin est énorme, on est fièr.es comme des paons. Dans le camion, ça sent le zoo. On se quitte au compte goutte, à Paris et sur les aires d’autoroutes. On se remercie les un.es les autres d’avoir partager ce temps là, d’avoir pu discuter, produit, chanté des hymnes paillards unificateurs. Nous, étudiant.es, on va digérer doucement cette semaine folle, mais on sait déjà qu’on a eu une chance incroyable de pouvoir participer à cette aventure formatrice, riches en rencontres, en émotions et en saucisses. On revient avec déjà, des milliards d’idées en tête et l’envie énorme de s’activer. Merci Clorinde, de nous avoir fait confiance, c’était TOPISSIME! Merci toute la meute. On garde précieusement une petite paire de gants bleu canard dans notre cœur pour toujours délier les langues et décoloniser les corps. Ce soir à Limoges, c’est la Frairie des petits ventres, encore des saucisses. Décidément, on ne pensait pas que c’était l’aliment universel des artistes contemporain.es. On entend déjà résonner dans les rues la voix d’Antoine : « Maréchal, maréchal, pour la paix de mon âme… ». Pas de photos, mais notre dernière émission, que de bonnes ondes. Bon week-end à toutes et tous.

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JOUR 7 : Ohne Titel

Berlin -> la Louvière
Nous nous sentons vide. Nous ne nous sentons plus missionné.e.s et pourtant ça discute par-ci par-là des poursuites qu’on pourrait donner à la biennale : continuer à s’écrire, s’échanger des films, se mettre à nu.e à l’Existrans, rendre visite à l’un.e, présenter son travail en nuiset.te, monter une choral.e de chansons paillard.e.s détourné…es…
Antoine est toujours coincé dans les années quatre-vingt, il y a de la saucisse jusqu’en belgique, nous goûtons le monde à chaque station dont seul le language change, on lui espère un bon retour vers le futur.
On récupère dans nos poches, excroissances, perruques et culottes, de quoi nourrir la famille en rentrant. Les hôtels regorgent de délices aux formats individuels (au sésame), on tâche de rendre commun ce partage des sucres (lents) là.
Cette nuit la meute a erré sur des immenses places vides à la recherche de la carcasse du Couscous.
On n’a pas touché aux oeuvres, on imagine leurs petits souffles satisfaits de ne pas avoir étaient manipulé.e.s par des gants médicaux. On hésite quand même à chaque fois, à tout déballer sur les aires d’autoroutes pour en faire profiter les routier.e.s qui transportent d’autres types de marchandises dans leur TRANSport.
Nos valises se gorgent de choucroute et de bières pour le retour, elles sont aussi grosses que nos cernes.
Si on n’écrivez pas ces mails, on serait déjà au lit.
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