textes des étudiant·e·s de l'ensa limoges

JOUR 4 : Des frites, des frites, des frites

JOUR 4 : Des frites, des frites, des frites
Calais -> Bruxelles
On quitte la France pour la Belgique. La frontière passée, gros ralentissement sur l’autoroute. Manque de bol, on se retrouve coincé.e.s pendant près d’une heure derrière un camion remplis de poules. Ça pue, ça chlingue, la fiente qui fermente. Les corps sont disposés dans des cagettes en plastiques, conditionnées comme de la matière déjà transformée. Contraintes de restées couchées au vu de l’épaisseur du dispositif, des plumes manquent et leur bec est poli par les tentatives de s’en extraire. Une d’entre elles me regarde, un seul oeil sur deux cligne, la voisine du dessus lui fait dessus. Aucune ne caquette, ce comportement rappel celui des « musulmans », attribut que l’on donnait à ceux qui, déportés dans les camps, n’exprimaient plus aucunes réactions, se recroquevillaient sur eux-même et laissaient venir la mort. On finit par changer de file, on voit alors un gros glaire visqueux jaillir du camion. Dans un dernier espoir, une des poules nous a peut-être lancé un cri, un S.O.S pour venir décoloniser leur corps. A notre droite, une entreprise, FUNECO indique sur un grand écran led : 21°. Nous sommes entouré.e.s de camions glaciers. On se demande comment serait la rencontre entre une poule sauvage et une poule industrielle. On se demande quel type d’hormones donne-t-on aux poules. On se demande s’il n’y aurait pas qu’un seul coq derrière tout ça. On roule les portes ouvertes, bien qu’à l’arrêt, Antoine déploie son corps en dehors du camion. On pense à ceux qui croient que le camion de la biennale servait de boucherie. On comprend mieux alors en quoi nos formes d’expressions sont à la fois un luxe et une nécessité. On imagine qu’il nous serait possible de mettre de côté ce luxe que de produire des corps seulement destinés à notre plaisir. On s’imagine plutôt laisser un peu de répit à ces poules, répondre à notre faim de les représenter, de les dépeindre encore plumées.
Bruxelles avec l’impression d’un début d’été tant il fait beau et chaud: des bières, des frites, un bel accent. Demain Berlin, huit heures de routes, alors on ne s’éternisera pas ce soir. Vous nous poserez des questions lundi prochain et puis c’est tout. À tantôt.
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