textes des étudiant·e·s de l'ensa limoges

JOUR 8 : Sur la fin

La Louvière -> Limoges

Grand retour, dernier petit déjeuner à l’hôteL. Malgré nos yeux bouffis, pouffant de rire comme si nous étions le plus grands bandits du siècle, on remplit une dernière fois nos sweat-shirts et manteaux de mini nutella. Notre butin est énorme, on est fièr.es comme des paons. Dans le camion, ça sent le zoo. On se quitte au compte goutte, à Paris et sur les aires d’autoroutes. On se remercie les un.es les autres d’avoir partager ce temps là, d’avoir pu discuter, produit, chanté des hymnes paillards unificateurs. Nous, étudiant.es, on va digérer doucement cette semaine folle, mais on sait déjà qu’on a eu une chance incroyable de pouvoir participer à cette aventure formatrice, riches en rencontres, en émotions et en saucisses. On revient avec déjà, des milliards d’idées en tête et l’envie énorme de s’activer. Merci Clorinde, de nous avoir fait confiance, c’était TOPISSIME! Merci toute la meute. On garde précieusement une petite paire de gants bleu canard dans notre cœur pour toujours délier les langues et décoloniser les corps. Ce soir à Limoges, c’est la Frairie des petits ventres, encore des saucisses. Décidément, on ne pensait pas que c’était l’aliment universel des artistes contemporain.es. On entend déjà résonner dans les rues la voix d’Antoine : « Maréchal, maréchal, pour la paix de mon âme… ». Pas de photos, mais notre dernière émission, que de bonnes ondes. Bon week-end à toutes et tous.

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JOUR 7 : Ohne Titel

Berlin -> la Louvière
Nous nous sentons vide. Nous ne nous sentons plus missionné.e.s et pourtant ça discute par-ci par-là des poursuites qu’on pourrait donner à la biennale : continuer à s’écrire, s’échanger des films, se mettre à nu.e à l’Existrans, rendre visite à l’un.e, présenter son travail en nuiset.te, monter une choral.e de chansons paillard.e.s détourné…es…
Antoine est toujours coincé dans les années quatre-vingt, il y a de la saucisse jusqu’en belgique, nous goûtons le monde à chaque station dont seul le language change, on lui espère un bon retour vers le futur.
On récupère dans nos poches, excroissances, perruques et culottes, de quoi nourrir la famille en rentrant. Les hôtels regorgent de délices aux formats individuels (au sésame), on tâche de rendre commun ce partage des sucres (lents) là.
Cette nuit la meute a erré sur des immenses places vides à la recherche de la carcasse du Couscous.
On n’a pas touché aux oeuvres, on imagine leurs petits souffles satisfaits de ne pas avoir étaient manipulé.e.s par des gants médicaux. On hésite quand même à chaque fois, à tout déballer sur les aires d’autoroutes pour en faire profiter les routier.e.s qui transportent d’autres types de marchandises dans leur TRANSport.
Nos valises se gorgent de choucroute et de bières pour le retour, elles sont aussi grosses que nos cernes.
Si on n’écrivez pas ces mails, on serait déjà au lit.
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JOUR 6 : Des quais du bahn à la conf de Kay

Berlin -> Berlin
On se reveille. CLORINDE* nous dit dans la salle du petit déjeuner « Ce midi, on ne mangera pas, c’est vos doigts ou vous détournez les fonds de l’hôtel réservés au mercantile repas, pour le midi ». Ni une ni deux, nous courons chercher nos sac à dos pour les remplir de petits pains moelleux et de bananes.
Élise devient leadeuse directionnelle, dealeuse de bonne aventure et nous guide vers un quartier haut en couleur. Un immeuble se distingue des autres: il est recouvert d’un crépis qui le rapproche plus d’une pâtisserie allemande que d’un squat anarcho-TPG** et pourtant quand l’une des habitante nous ouvre les portes pour que nous chopions des affiches et des flyers à disperser en France, il y a un babyfoot. Ce lieu de vie est menacé d’expulsion car comme toutes les bonnes choses et les pâtisseries, on finit toujours par se faire bouffer sauf si on est d’acier et qu’ça pète les dents des tordus.
Non loin de là, une friperie sur cinquante-trois étages porte en son sein nos futures coiffes. Julien et Madeleine arborent dans le métro les reflets brillants de fils de nylon inflammables roses et mauves.
Dans le métro bahn, il semblerait que tout le monde soit déguisé en designer graphique germano-pantone 160g.
Quand nous retrouvons le camion, les OH et les AH ne se font pas attendre. Les perruques tournent sur les crânes de toute la meute, qui jalouse en secret ce butin fantastique mais ignore tout à fait le plan-coiffe qu’Antoine nous a filé pour se faire teindre le pubis.
Aux alentours, les boutiques regorgent de bonbons végétariens licornes dark limited edition et de boules à neige avec des têtes de mort à seulement 1 euro pièce; une aubaine pour les gothiques.
Antoine imprime des bouts de ciel sur ses bandes.
Madeleine est dans le coup, avec son jogg’ a trois bandes.
Julien lit du Burrough à toute la bande.
Élise brise la nuque et explose les couilles d’un frotteur qui bande.
Béatrice s’est retiré dans son QG où elle règle une affaire de contre-bande.
Le soir venu, conférence de Kay. On parle trans, sexe, porno, art, performance, STRASS***. Ça fait du bien, et on se promet de diffuser la conf à l’école.
On en peux plus de manger, un concombre sans vinaigrette et de l’eau SVP.
*Coriandre Libertaire Originale de Recherches Intra-Nationale Des Exportations
**Trans PD**** Gouine
***Syndicat du Travail Sexuel
**** Petit Boule Sucré
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JOUR 5 : Bruxelles -> Berlin

Des pipis sur les aires d’autoroutes, des cacas à 70 centimes pour la dame pipi. On écrase nos clopes sur des autocollants de fan de foot. On en décolle puis on les recolle et puis on redécolle. On découvre le travail des un.e.s des autres, on partage nos lectures et l’odeur des pets ou des pieds. Antoine nous parle de Serge Daney et de cinéma, Julien fait son cinéma comme un damné. Il discute porno et syndicalisme. Pascal évoque Foucault et des pratiques BDSM. Madeleine allume la petite guirlande telle une magicienne, elle invoque Beuys et Starhawk. Élise envoie des pavés au diable. On se conseille et se partage références et bouteilles d’eau. On fait école dans le bus. On se tourne pour se parler comme dans l’amphi, mais pas de Professeur.e sur l’estrade. Bus magique.
En huit heures de bus, on a dormi, fait le montage d’un documentaire sonore, refait le monde, décolonisé les corps et digéré. On s’étonne du nombre de camion sur lesquels est écrit le mot TRANS.
On fait semblant de ne pas montrer à Béa qu’on a toutes et tous très bien compris les relations mafieuses qu’elle entretient avec l’Europe de l’est. D’ailleurs, ce soir c’est à l’arrière boutique d’un sex-shop hongrois miteux qu’elle nous propose de boire des bières. Nous refusons et rejoignons le club de troisième âge du quartier qui a organisé un oktoberfest dans un restaurant aux allures hollywoodienne. Julien chope une mamie pompette aux allures bavaroises. Alors que son allemand lui revient, l’octogénaire se rappelle qu’elle a déjà un mari, plus vieux mais plus fortuné. Elle lui donne tout de même son adresse.
En bonus, nos émissions à écouter :
 

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JOUR 4 : Des frites, des frites, des frites

JOUR 4 : Des frites, des frites, des frites
Calais -> Bruxelles
On quitte la France pour la Belgique. La frontière passée, gros ralentissement sur l’autoroute. Manque de bol, on se retrouve coincé.e.s pendant près d’une heure derrière un camion remplis de poules. Ça pue, ça chlingue, la fiente qui fermente. Les corps sont disposés dans des cagettes en plastiques, conditionnées comme de la matière déjà transformée. Contraintes de restées couchées au vu de l’épaisseur du dispositif, des plumes manquent et leur bec est poli par les tentatives de s’en extraire. Une d’entre elles me regarde, un seul oeil sur deux cligne, la voisine du dessus lui fait dessus. Aucune ne caquette, ce comportement rappel celui des « musulmans », attribut que l’on donnait à ceux qui, déportés dans les camps, n’exprimaient plus aucunes réactions, se recroquevillaient sur eux-même et laissaient venir la mort. On finit par changer de file, on voit alors un gros glaire visqueux jaillir du camion. Dans un dernier espoir, une des poules nous a peut-être lancé un cri, un S.O.S pour venir décoloniser leur corps. A notre droite, une entreprise, FUNECO indique sur un grand écran led : 21°. Nous sommes entouré.e.s de camions glaciers. On se demande comment serait la rencontre entre une poule sauvage et une poule industrielle. On se demande quel type d’hormones donne-t-on aux poules. On se demande s’il n’y aurait pas qu’un seul coq derrière tout ça. On roule les portes ouvertes, bien qu’à l’arrêt, Antoine déploie son corps en dehors du camion. On pense à ceux qui croient que le camion de la biennale servait de boucherie. On comprend mieux alors en quoi nos formes d’expressions sont à la fois un luxe et une nécessité. On imagine qu’il nous serait possible de mettre de côté ce luxe que de produire des corps seulement destinés à notre plaisir. On s’imagine plutôt laisser un peu de répit à ces poules, répondre à notre faim de les représenter, de les dépeindre encore plumées.
Bruxelles avec l’impression d’un début d’été tant il fait beau et chaud: des bières, des frites, un bel accent. Demain Berlin, huit heures de routes, alors on ne s’éternisera pas ce soir. Vous nous poserez des questions lundi prochain et puis c’est tout. À tantôt.
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JOUR 3: Zone de teuf zone de keuf

JOUR 3 : Zone de teuf zone de keuf
Aubervilliers -> Calais
De Paris ville monde à Calais monde vil.
Nous revoilà sur la route mais pas encore sur les rotules. Un lieu dit Le Channel, scène nationale, précise « entrez libre ». Nous nous y engouffrons avec hâte et curiosité. On touche du bois, on grimpe le belvédère et au loin, de tout en haut, on peut voir l’Angleterre, promise des exilé.e.s. Du haut de cette belle vue on pense à un certain idéal lettriste, celui du temps où des Lunaparks fleuriront dans les villes, sorte de cité où la communauté se retrouve autour de greffes architecturales et de jeux de lumières. Les portes d’entrée d’un des hangars est travesti en La création du monde, une peinture de J.Bosch, celle des panneaux couvrant le Jardin des délices.
On visite Calais mais c’est pas le zoo même s’il y a des grilles partout. D’hypocrites murs végétalisés ont été érigés par des anglais. Les plantes ornent mais le béton ferme. Il faudrait profiter de balades naturalistes, chaque promeneur serait muni d’un sécateur et se tromperait en coupant les grillages et les barbelés. Ces routes sont violentes a traverser. On est avec François, président de l’association L’auberge des migrants et on découvre l’organisation de l’immense entrepôt dans lequel les bénévoles s’activent à trier les dons, finir de faire la cuisine.. Le chef cuisto nous dit que 3000 oeufs ont été cuits pour le lendemain et nous annonce : « Puisque vous êtes des artistes, nous avons besoin de peintures d’oignons sur des panneaux de bois. » . Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’on ne fait que de la céramique. Nous le redirigeons vers une entreprise spécialisée. On nous dit que la Jungle a été un espace de liberté dans lequel des artistes et des architectes ont pu imaginer des lieux de cultes, des bibliothèques et autres lieux de vie…
On se dit qu’on doit traverser la rue et faire des choses avec et pour les migrant.e.s qui sont dans le bâtiment juste en face de l’école.
Au Channel, on retrouve Frédérique Joly, les cinquièmes année négocient déjà des postes d’assistant.e pyrotechnicien.ne pour l’année prochaine.
Le vent se lève. Nous rangeons les oeuvres du camion, replions les affiches, séchons les pinceaux, tandis qu’une exposition de dessin faits par les exilé.e.s traverse le ciel et se fait accueillir de l’autre côté de l’océan. Pas de papiers, mais des cartes postales comme fusées de détresse.
Ce soir c’est moule frite, tout le monde s’appelle crème brûlée, on s’fait passer le mot comme quoi «  chantale est une racaille qui gère les bails. », on trinque aux frontières, à leur fins comme à celle du verre. Pas un chat dans la ville, entre chaque coup de fourchette, les cowboys passent au ralenti, comme un paysan chercherait ses vaches.
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JOUR 2 : Tropicoco à Cocowok

Bourges -> Fort d’Aubervilliers
Ce matin on va au marché. Pas de marché de légumes, pas de marché de l’art pour nous. On remet nos petits gants de plastique et on déploie l’exposition sous les yeux ébahis des marchand.e.s qui s’installent. On prend quand même un petit café à côté d’un groupe de mecs qui finissent leur soirée avec une bouteille de vin blanc et du saucisson. Leurs chants, en canon ou à l’unisson traitent également de masculinité et de saucisses. Ils hurlent à tue-tête : « On est seul mais on s’encule. On a tous un p’tit pédé en nous. »
Simultanément, une vieille dame et un jeune garçon entament les ateliers. Noah, pour changer, ne s’emmerdera pas à tenir le stand de la boulangerie avec ses parents, aujourd’hui il enchaîne un inventaire de maisons imaginaires sur tous les supports qu’il trouve. Il était triste quand on est parti.e.s mais pas nous, car ses parents nous ont donné une quinzaine de baguettes croustillantes.
13h45 on décolle vers la région parisienne. On débarque à Aubervilliers. Là-bas les cités sont pleines à craquer de drogues, un enfant mule de dix ans fait tomber de son pull un gros pochon. Non, c’est pas vrai, on n’a pas vu ça.
On redéploie l’exposition, toujours avec nos gants. On a pris le coup de main en y mettant de l’huile de coude. Antoine filme. Madeleine prépare un document radiophonique, Béatrice prolonge en solitaire les textes de l’atelier d’écriture de la veille, Julien joue du genre avec son nouveau tee-shirt rose jambon et Elise se marre des frasques des copains.
Nous sommes en plein milieu d’une friche, un groupe d’hommes et de femmes muni.e.s de bâtons s’agitent sur des percussions. Deux grandes marionnettes déambulent à côté de nos petits corps.
La nuit tombe, tout comme Julien ce matin qui s’est pris les pieds dans un parasol dans le stand de la dame au tee-shirt rose jambon. On range. Papier à bulle et cartons virevoltent sous les étoiles et nous prenons le chemin vers le buffet chinois, où nous faisons nos réserves pour l’hiver.
Bonne nuit à toutes et tous, nous on est crevé.e.s.

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